Question d'actualité au Premier Ministre sur les revendications des gilets jaunes

22/11/2018

Vanessa Matz (cdH): Monsieur le premier ministre, j'aimerais tout d'abord faire une distinction importante entre les gilets jaunes et les cagoules noires. Si les premiers reflètent une colère légitime de la population, les secondes commettent des actes de violence inacceptables et face auxquels il faut être ferme. Nous les condamnons sans aucune réserve. Vous promettez d'ailleurs la plus grande fermeté face aux débordements et nous vous y encourageons sans réserve également.

Je vous demande toutefois, monsieur le premier ministre, de ne pas vous cacher derrière cette violence pour ne pas délivrer un message clair aux vrais gilets jaunes. Je regrette que, dans votre communication ce matin, vous vous soyez limité à cette plus grande fermeté sans répondre aux préoccupations exprimées par les gilets jaunes et à la colère pacifique d'une partie de la population qui ne peut plus nouer les deux bouts.

Personne, au sein du gouvernement, ne s'est exprimé sur cette colère. Or le silence assourdissant du gouvernement fédéral nourrit la rancœur. Ce silence assourdissant de votre gouvernement pourrait apparaître comme du mépris à l'égard d'une catégorie de la population largement éprouvée par les mesures iniques que vous avez prises dans toute une série de domaines. 

Vous devez briser ce silence assourdissant afin d'éviter la récupération de ces frustrations par les mouvements extrêmes et populistes. Il faut apporter une réponse responsable pour chasser la réponse populiste. Ce silence assourdissant de votre gouvernement est interprété comme un mépris pour ces milliers de personnes qui ne peuvent plus nouer les deux bouts, qui ne comprennent pas pourquoi le kérosène n'est pas taxé au niveau européen alors que, dans le même temps, les accises sur le carburant augmentent et que ceux-là même qui ont besoin d'un véhicule pour se rendre au travail ou conduire leurs enfants à l'école n'ont pas d'alternative.

C'est interprété comme du mépris à l'égard de ceux qui ne comprennent pas pourquoi votre gouvernement augmente les accises sur le carburant, sans améliorer l'offre de transports publics. Nous soutenons sans réserve la lutte contre le réchauffement climatique et l'entrée dans une transition écologique, mais cette dernière doit être humaine, acceptable et soutenable.

Monsieur le premier ministre, quelles mesures allez-vous prendre à l'encontre des casseurs pour rétablir l'ordre public et la sécurité et comment allez-vous répondre aux cris lancés par le mouvement des gilets jaunes? 

Charles Michel, premier ministre: Chers collègues, vous l'avez indiqué, dans notre pays, le droit de manifester, celui d'exprimer son opinion et son mécontentement sont garantis et doivent l'être totalement. Je l'ai dit avec force à plusieurs reprises durant les dernières heures. Bien entendu, cela doit se faire dans le respect de l'État de droit, de manière pacifique et nous condamnons, j'espère sur tous les bancs, les actes de violence et les provocations ainsi que les débordements auxquels nous venons d'assister. Je voudrais aussi condamner avec la plus grande fermeté les entraves à la liberté d'informer puisque des journalistes ont été pris à partie dans le cadre de ces mouvements.

Je voudrais aussi souligner l'importance du travail réalisé par les forces de sécurité mobilisées sous la responsabilité des différentes autorités, notamment celle du ministre de l'Intérieur, qui donnera plus d'informations sur le volet relatif à la gestion de la sécurité. Des initiatives sont prises et vont se poursuivre afin qu'il ne puisse y avoir aucune impunité et afin que ceux qui ont commis des actes délinquants ou criminels puissent être sanctionnés à la hauteur de leurs actes.

 

Madame Matz, vous abordez le sujet de fond en distinguant ceux qui se comportent en casseurs et ceux qui veulent exprimer une opinion de manière démocratique et pacifique. Cela fait quatre ans, depuis la mise en place de ce gouvernement, que nous sommes mobilisés pour tenter de rencontrer les préoccupations: renforcement de l'activité économique et du pouvoir d'achat. Nous mesurons bien la pression quand la situation géopolitique ou les décisions prises par ce Parlement en matière d'accises impactent le pouvoir d'achat.

Et nous sommes cohérents puisque – en termes de mobilité – nous tentons, avec ce Pacte d'investissement, de doper, d'améliorer et de renforcer les offres de rechange. Nous mesurons bien que la lutte contre le réchauffement climatique doit s'accompagner de mesures progressives susceptibles d'aider notre instrument fiscal à prendre en considération le caractère plus polluant de certains produits et à encourager graduellement d'autres types de comportement. C'est le sens de la décision qui fut prise à travers le tax shift. Vous savez que, dans ce cadre, c'est bien un tax cut qui a été choisi. Ce n'est pas moi qui le dis, mais le Bureau du Plan et la Commission européenne: on constate une baisse substantielle de la pression fiscale et parafiscale sur le travail grâce à ce tax shift, que nous voulons absolument préserver.

Donc, oui, nous voulons poursuivre ces réformes économiques et sociales. Oui, nous entendons les messages qui nous sont adressés. C'est aussi le sens des décisions qui ont été prises en termes de renforcement des pensions les plus basses, rehaussées à sept reprises. Ces mesures vont être consolidées dès le 1er janvier 2019 à travers la mise en œuvre complète du tax shift en faveur du pouvoir d'achat, dont les effets seront bénéfiques aux bas et moyens salaires. Cette disposition aboutira, je le répète, à une hausse du pouvoir d'achat de l'ordre de 140 euros par mois pour les bas salaires.

Oui, nous entendons les messages; nous ne sommes pas sourds. Nous sommes toujours prêts à débattre et nous le faisons au Parlement pour réfléchir à la manière de renforcer la dynamique économique et de soutenir le pouvoir d'achat. 

Sur la question de la sécurité et de l'ordre public, nous ferons preuve d'une très grande fermeté. Nous allons, tout au long des prochains jours, maintenir notre vigilance afin de faire respecter la sécurité et l'ordre public.

 

Jan Jambon, ministre: Monsieur le président, M. Pivin a posé quelques questions précises relatives aux actions et à la réaction de la police. 

Tout d'abord, il importe de rappeler qu'en l'occurrence, le maintien de l'ordre public est géré par les gouverneurs des provinces du Hainaut et de Liège. Au sein du Centre de crise, nous suivons les événements minute par minute. Notre objectif est double: il faut d'abord se forger une image aussi précise que possible de la situation sur place ainsi que des fauteurs de trouble; il s'agit ensuite d'apporter notre soutien, qui est nécessaire.   

À cet effet, nous avons prévu des arroseuses, des hélicoptères et aussi une réserve fédérale, qui se trouve sur le terrain à la demande des dircos qui gèrent le problème avec les gouverneurs.

Cette nuit, nous avons procédé à trente-neuf arrestations. La nuit précédente, il y en a eu quatorze. Sur ces cinquante-trois arrestations, vingt-quatre sont de nature judiciaire pour vol, actes de violence et utilisation d'armes. Une enquête a été menée sur ces derniers cas.   Concernant les vingt-quatre arrestations judiciaires, la plupart de ces personnes sont connues de la police. Ce n'est donc pas la première fois. Pour ce qui est des arrestations administratives, ces gens sont peu connus des policiers. Ce sont donc vraiment des manifestants. Nous avons également saisi quelques gsm et des véhicules. Il est clair que nous suivons la situation minute par minute via le Centre de crise. Tous les moyens nécessaires seront fournis par le fédéral à la demande du dirco.

 

Vanessa Matz (cdH): Monsieur le président, quand j'entends la précision avec laquelle le ministre de l'Intérieur répond – et je l'en remercie – sur les mesures de sécurité et d'ordre public qui ont été prises dans le cadre des débordements, je mets cela en parallèle avec la réponse très générale que le premier ministre a adressée sur les mesures et les revendications de fond. Je trouve qu'il y a une dichotomie. 

Monsieur le premier ministre, j'avais effectivement un doute que vous vous retranchiez uniquement derrière les débordements sans apporter de réponse. Vous m'avez dit entendre les revendications. J'ai plutôt l'impression que vous les avez écoutées mais pas entendues.    

Je voudrais aussi vous dire que ce n'est pas seulement une classe précarisée qui manifeste aujourd'hui. C'est une classe moyenne qui est de plus en plus précarisée, notamment à cause de mesures fiscales. J'ai l'impression qu'aujourd'hui, vous ne représentez plus cette classe moyenne qui, en outre, n'a pas bénéficié de votre tax shift. 

Je vous demande vraiment, monsieur le premier ministre, pour éviter tous les populismes que nous dénonçons tous, d'entendre et de répondre à ces préoccupations par d'autres mesures que les vagues mesures que vous annoncez depuis plusieurs années, qui sont déjà en œuvre et qui ne répondent pas aux problèmes précis du moment. Je vous remercie.

 

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