Question Mme Vanessa Matz au vice-premier ministre et ministre de la Sécurité et de l'Intérieur, Jan Jambon sur "l'interpellation brutale de migrants et les violences policières"

04/10/2018
Vanessa Matz (cdH): Monsieur le président, monsieur le vice-premier ministre, je vous avoue que, pour une première intervention depuis deux ans à la Chambre, j'aurais préféré vous interpeller sur un autre sujet que celui-ci qui me paraît particulièrement grave.
Dans la nuit du 1er au 2 octobre dernier, un citoyen lambda qui allait chercher sa fille à la gare de Landen a assisté à une opération de police qui visait des migrants. Loin de lui l'idée de s'en mêler. Il n'a pas interféré dans cette opération de police. Il a voulu la filmer en dehors du périmètre de sécurité et, pour toute réponse, il a été molesté violemment, collé au sol, menotté, embarqué dans un fourgon de police et conduit vers l'hôpital, puisqu'il saignait assez fort au visage.
Lire son récit dans la presse était déjà très bouleversant, mais je fus encore plus touchée hier soir lorsqu'il m'a raconté par téléphone le traumatisme physique vécu. Il a encore d'importantes douleurs dans les côtes pour avoir reçu des coups de pied. Mais le traumatisme n'est pas que physique. Il est aussi moral. Sa jeune fille a assisté à la scène où son père était menotté comme un vulgaire criminel pour avoir voulu filmer une scène d'arrestation de migrants assez musclée.
Comme vous le savez, monsieur le ministre, je suis de celles qui, depuis plus de vingt ans, défendent les services de police, en ce compris dans les actes intentionnels de violence qu'euxmêmes subissent. Aujourd'hui, je me demande si cet acte de violence est le fait de policiers un peu zélés ou s'il s'inscrit dans un contexte plus général de violence.
Cette violence a lieu, de surcroît, en présence du secrétaire d'État Theo Francken. Ce dispositif musclé et ces actes étaient-ils en corrélation avec l'opération de communication que Theo francken semblait vouloir mener ce soir-là en cet endroit?
Je voudrais donc savoir pour quelles raisons légales M. Dumont a été arrêté ce soir-là. Il n'a pas entravé le dispositif de sécurité. Ce n'est pas une arrestation administrative. S'agit-il ou non d'un événement isolé? S'inscrit-il dans un cadre que vous auriez voulu, à savoir une violence policière à l'égard de migrants et de personnes qui soutiennent ceux-ci?
Je voudrais savoir où en est l'outil d'enregistrement des violences que vous avez mis en place. Est-il opérationnel?
 
Jan Jambon, ministre: Monsieur le président, chers collègues, je voudrais, tout d'abord, me joindre à M. Maingain pour saluer Mme Matz qui nous revient après deux années d'absence. Soyez la bienvenue! Mais je dois avouer que c'est le seul point sur lequel M. Maingain et moi nous rejoignons.
Cela dit, je remarque que chaque fois que la presse met en cause la police, des questions me sont posées dans cette enceinte. Aucune question ne m'est adressée sur les efforts consentis, chaque jour, chaque nuit, par les dizaines de milliers de policiers, pour assurer notre sécurité, ce souvent au péril de leur vie. Je profite d'ailleurs de l'occasion qui m'est donnée pour les saluer.
En ce qui concerne les événements qui ont eu lieu à Landen, il s'agissait d'une action de plusieurs zones de police, dont celle où Theo Francken est bourgmestre empêché. Lors de l'action qui a eu lieu à Kruibeke il y a quelques semaines, le bourgmestre M. Stassen était également présent. Je ne vois pas où est le problème.
 
Monsieur le président, si vous le permettez, je vais lire le rapport qui concerne cette action. Je pense que tous les faits s'y trouvent et que nous pourrons plus facilement en tirer des conclusions. 
"Vers 22 h 05, un train arrive en gare. Selon les informations, un groupe d'une vingtaine de migrants se trouverait à bord de ce train. Huit arrestations administratives ont déjà été effectuées dans deux trains précédents. Deux personnes qui se trouvent dans la gare se rendent à l'endroit où les migrants sont sortis du train menottés. Elles commencent à filmer l'intervention avec leur gsm. Une de ces deux personnes se trouve tout près des policiers et des personnes arrêtées. La seconde reste un peu en retrait. Un policier vient se placer devant l'homme. Étant donné que le policier ne connaît pas l'intention de l'homme, il lui demande d'arrêter de filmer et il l'emmène à l'écart du dispositif. L'homme commence alors immédiatement à hurler qu'il a le droit de filmer. Il tente de contourner le fonctionnaire de police pour pouvoir retourner tout près de la scène et continuer à filmer. Le policier lui redemande d'arrêter de filmer et il l'empêche de s'approcher de la scène. L'intéressé lui tend alors sa carte d'identité, sans arrêter de filmer; il continue d'affirmer qu'il a le droit de filmer; il ne cesse de crier. Dans la mesure où il continue de perturber l'intervention et qu'il veut filmer le plus près possible, la police décide de l'écarter. Il est saisi au bras droit et par l'avant de la veste et est projeté en arrière, poussé derrière les buissons qui séparent le parking du quai. L'intéressé crie très fort, de même que le deuxième homme qui l'accompagne.
Comme il continue de s'opposer, il est privé de liberté. L'intéressé est plaqué au sol et se retrouve allongé sur le ventre. Son bras droit est attaché mais il serre le gauche sous son corps en continuant à résister. Il sera menotté avec difficulté. Suite à sa rébellion, il présente une légère abrasion sur le visage ainsi que des traces de sang. Vu l'absence de blessure visible - ce sang peut provenir du nez, l'intéressé est transporté à l'hôpital. La deuxième personne reçoit les clés du véhicule et suit l'équipe jusqu'à l'hôpital. Sur les lieux, l'arrestation administrative est levée sans que l'intéressé ait séjourné dans une cellule de transit. Il avait clairement bu. L'équipe sur place l'a établi. La deuxième personne l'a confirmé à la PJF."
Les faits parlent d'eux-mêmes.
 
Vanessa Matz (cdH): Je voudrais m'inscrire en faux sur le fait que jamais dans cette Assemblée, il n'y a de parlementaire qui monte aux barricades quand des violences sont perpétrées contre les policiers. J'ai fait voter une proposition de loi à l'unanimité pour des actes intentionnels de violence commis sur des policiers. Vous l'avez d'ailleurs soutenue.
En ce qui concerne l'exactitude des faits, ce ne sont pas les versions correspondant à ce qui a été raconté. On peut discuter à souhait, mais une telle violence était-elle nécessaire? Il n'y a eu aucune rébellion, aucun cri. La personne avait le droit de filmer. Elle a présenté ses papiers d'identité.
Vous n'avez pas répondu à la question de savoir pourquoi Theo Francken était sur place. Pourquoi avait-il été averti? Cela faisait-il partie de sa campagne de communication relative à des opérations musclées?
Il est indécent, dans un État de droit, que la police puisse agir d'une telle manière, vraisemblablement sur instruction. C'est ce qui me tracasse beaucoup. Dans les propos que vous venez de tenir, vous vous contentez d'un rapport qui, d'une certaine manière, vous couvre et vous ne cherchez pas plus loin. Je le regrette profondément!
 

Compte Rendu intégral de la séance 

 

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