Question d'actualité à Monsieur Didier Reynders, Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères, concernant la crise politique au Congo et les solutions amenées par la Belgique

22/01/2015

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Chers Collègues,

Comme on pouvait le craindre, l’Assemblée nationale de la RDC a adopté, le 17 janvier dernier, un projet de loi électorale qui pourrait entraîner un report de l’élection présidentielle (prévue en 2016) et, de cette manière, permettre au président Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du terme de son mandat. Pour rappel, la Constitution lui interdit d’ailleurs de briguer un troisième mandat.

En fait, cette nouvelle modification de la loi électorale (adoptée en l’absence de la plupart des députés d’opposition) lie la tenue des élections législatives et présidentielles (prévues en 2016) à la réalisation d’un recensement général de la population (le dernier s’étant tenu en 1984). Mais la plupart des analystes estiment qu’un tel recensement ne pourra être effectué dans les temps, avant l’échéance électorale, dans un pays qui est grand comme cinq fois la France, aux infrastructures largement déficientes et qui est encore confronté aux actions de nombreux groupes armés dans tout l’est du territoire.

D’où la colère des opposants au président Kabila qui ne voient là qu’une nouvelle manœuvre pour se maintenir au pouvoir et ne pas respecter ses engagements en vue des élections de 2016.

C’est dans ce contexte que de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre et des pillages ont lieu depuis le début de cette semaine un peu partout à Kinshasa. La police a même tiré à balles réelles pour disperser la foule. Les différents bilans parlent de près de 350 arrestations et surtout de 11 à près de 50 morts…

Cependant, il est difficile de savoir exactement ce qui se passe actuellement sur place puisque les autorités congolaises ont tout simplement coupé le signal des radios (y compris RFI) et fermé internet et les réseaux sociaux.

Au vu de cette situation de crise politique majeure, chez un de nos principaux partenaires, j’aurais voulu vous demander :

D’abord, quelle est exactement la situation sur place à l’heure actuelle ? Pouvez-vous me faire un état des lieux précis et objectif ? Quel est le bilan humain de ces affrontements violents ? Condamnez-vous ces violences et en particulier les tirs à balles réelles sur les manifestants ? Quoi qu’il en soit, il semblerait heureusement que le calme revienne peu à peu : est-ce exact ?

Qu’en est-il aussi de la sécurité de nos ressortissants sur place, alors que le conflit pourrait être amené à dégénérer si le régime s’obstinait à vouloir se maintenir au pouvoir, à l’instar de ce qu’on a vu au Burkina Faso à l’automne dernier ?

Surtout, que fait la Belgique, que faites-vous, afin de favoriser une solution politique négociée, permettant un retour au calme définitif, la fin des violences et la garantie du respect des échéances électorales ?

Sans cette garantie, je crains en effet que l’opposition congolaise continuera légitimement à contester les manœuvres du régime pour se maintenir en place. Est-ce aussi votre analyse ? Condamnez-vous les décisions qui pourraient entraîner un éventuel report du calendrier électoral ?

Au vu de l’importance de nos relations politiques, historiques, économiques avec le Congo, il me semble incontestable que la Belgique peut et doit jouer un rôle proactif dans la recherche d’une telle solution politique négociée. Dans cette région, notre pays a clairement la capacité de le faire, que ce soit via des contacts directs avec les dirigeants et leaders locaux, via des pressions diplomatiques, des sanctions, des aides rendues davantage conditionnelles, etc., etc.

Simplement dire que nous « prenons note » et que nous sommes « préoccupés » (comme s’est jusqu’à présent contenté de le faire le Ministre des Affaires étrangères) est très clairement insuffisant ! Dans cette région du monde, la Belgique peut et doit faire preuve d’un peu plus d’ambition.

Je vous remercie de votre attention.

Pour découvrir la réponse du Ministre

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