Carnets
de campagne

"Vivre par-dessus tout"

Il est de ces sujets difficiles à aborder car, si on veut leur donner un sens et partager ceux-ci, il faut le faire avec beaucoup de délicatesse. C’est ce que je vais tenter de faire avec pudeur.

Vendredi dernier, je reçois un mail d’une dame qui veut me rencontrer au plus vite, je n’ai pas l’objet de cette rencontre mais je sens que c’est important et urgent. Rendez-vous est donc fixé lundi.

Cette dame que je nommerai Sandrine m’explique qu’elle voulait me rencontrer pour me parler de la maladie et de la mort de son fils que je nommerai Nicolas. Elle m’explique qu’elle a vu, en son temps, ma réaction sur l’extension de loi relative à l’euthanasie aux mineurs, qu’elle a voulu à ce moment-là me contacter mais que la vie a repris son cours. Puis, elle a eu en mains un de mes tracts et elle s’est dit qu’il était temps de venir porter témoignage, elle sait que j’écris un carnet de campagne et elle me demande de l’écrire tout simplement pour son fils.

Nicolas a alors 10 ans quand on lui détecte cette terrible maladie, qu’est le cancer. Tout s’enchaîne très vite, les hospitalisations, les opérations, les traitements lourds, tout est mis en œuvre pour guérir Nicolas. Jamais, Nicolas ne s’est plaint, jamais Nicolas n’a émis de protestations, toujours il a gardé cette volonté absolue de vivre. Quelle leçon de courage ! Nicolas a 2 sœurs, une aînée de 12 ans et une plus jeune de 7 ans. Et pendant ces longues semaines d’hospitalisation, il ne parle que de son retour à la maison, de ses sœurs qu’il va retrouver, de ses jeux qu’il veut redécouvrir. Sandrine me conte les moments de désespoir puis ces formidables moments d’espérance passés auprès de Nicolas dans une communion unique avec lui. « Non », me dit-elle « Nicolas n’a jamais demandé à mourir , par-dessus tout, il voulait vivre même s’il avait une conscience très forte qu’il allait mourir ».

Il était certes inquiet pour le reste de la famille, presque gêné que ses parents lui portent tant d’attention alors que sa petite sœur venait d’entamer sa première année primaire et que sa sœur aînée éprouvait des difficultés en math.  Mais plus que tout au monde, il voulait continuer à vivre. J’insiste parce que Sandrine a insisté et c’est probablement là, le message le plus fort de l’histoire de Nicolas. Dans sa réflexion sur l’adoption de cette loi qu’elle juge inhumaine, elle me dit avec ses mots «  un enfant même de très grande maturité ne demande pas à mourir, et s’il le fait, c’est pour soulager son entourage » « Fichue loi », ajoute-t-elle . « Que va-t-on mettre en tête aux enfants ? »

Grand moment d’émotion et de confidences avec cette maman semblable à tant d’autres mamans pour qui pourtant rien ne sera plus jamais comme avant. Mais le souvenir intact de Nicolas, gai, patient, attentif, voulant vivre, oui vivre, la garde en vie elle aussi.

                                                                                                                          Mardi 20 mai 2014

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