Intervention de Vanessa Matz en séance plénière dans le débat sur la Lybie- 24 mars 2011.

24/03/2011

Monsieur le Premier Ministre,
Chers Collègues,

  La décision proclamée de Khadafi de régler le compte des insurgés et d’utiliser massivement la force contre ses propres populations, ne laissait pas d’autre choix que l’intervention, et ceci au nom de la « responsabilité de protéger » qui  correspond, dans le droit des gens, à l’obligation d’assistance à personne en danger dans notre droit pénal. En effet, en septembre 2005, lors du sommet mondial de l’ONU, les Chefs d’États et de gouvernement des États membres de l’ONU ont adopté à l’unanimité un document qui énonce clairement la « responsabilité de protéger » de la communauté internationale, en particulier du Conseil de sécurité, lorsqu’un État se montre incapable ou non désireux de protéger sa population face aux crimes les plus graves : génocide, crimes de guerre, nettoyage ethnique et crimes contre l’humanité.  C’est à chaque État qu’incombe ce devoir de protéger sa population contre ; mais c’est à la communauté internationale, dans le cadre de l’ONU, que revient la responsabilité subsidiaire d’assurer la protection contre ces quatre crimes.

Deuxièmement, la prudence est certes un devoir premier en politique étrangère et le recours à la force est quelque part toujours une mauvaise solution. Nous sommes tous conscients de la complexité du dossier libyen, des divisions du pays, de l’importance de l’enjeu pétrolier, du risque de guerre civile attisée par des intérêts étrangers, de la menace de contagion de l’instabilité à d’autres pays de la région. Tout cela nous met en garde contre le risque d’une intervention armée et de ses conséquences militaires, politiques et économiques immédiates et à moyen terme. Mais la prudence ne peut servir d’alibi à la lâcheté. Quel crédit devrait faire le monde à l’Europe si elle n’agissait qu’à la condition que le risque soit zéro et le succès garanti ?  Comment pourrions nous expliquer et apprendre à nos enfants  « le plus jamais çà », si dans notre arrière-cour, nous laissions un dictateur fou écraser son peuple sous le feu des tanks et de ses bombardiers, sans mobiliser nos propres moyens militaires ?
 A quoi bon alors disposer de forces armées en Europe si nous ne les utilisons pas  dans de tels cas extrêmes, qui plus est dans notre voisinage immédiat. C’est l’autorité morale et la crédibilité stratégique de l’Europe qui se jouaient lundi autour de Benghazi. Nous avons eu raison d’agir.

 La résolution 1973 des Nations-Unies nous en donnait le droit et nous en faisait un devoir. Nous demandons, toutefois, d’avoir des précisions sur les règles d’engagement, et sur la structure de commandement. Et nous rappellerons que notre participation se fait dans le cadre du respect strict de la résolution 1973 : protéger les civils, établir un cessez-le-feu et l’arrêt complet des violences et de toutes les attaques contre les civils.

Troisièmement, nous avons conscience que nous sommes à un moment historique,  chargé de promesses, celui qui a été enclenché par le décès le 4 janvier , de Mohamed Bouazizi, ce jeune marchand ambulant tunisien de fruits et légumes, dix-huit jours après son immolation par le feu qui a fait de lui le premier martyr du printemps arabe. Nous allons devoir nous engager en tant qu’UE dans le soutien à ceux des pays de la région qui s’engagent sérieusement dans la voie des réformes vers le développement et la démocratie.  Il ne suffira, cependant pas  de substituer l’aide financière de l’Europe au parachutage de la démocratie par la force tentée par Georges Bush Jr en Irak, pour transformer les régimes arabes. Soyons sélectifs, guettons le changement de l’intérieur mais aidons à fond le gouvernement qui le premier explorerait ces voies nouvelles. Le volet humanitaire de notre action doit être préparé, notamment en soutenant les organisations internationales habilitées à les aider et les Etats voisins.

Enfin, permettez-moi de vous dire notre fierté, celle du cdH, de voir nos militaires aux côtés de leurs camarades d’autres nationalités, engagés dans cette action. Ils sont des artisans de la paix et du droit.  Qu’ils sachent que nous les suivons eux ainsi que leurs familles avec émotion, confiance et espoir, dans leur mission.

Vanessa Matz
Sénatrice

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