Faire de la crise grecque un progrès pour l’eurozone

03/03/2010

 

  • L'UE peut-elle sortir la Grèce d'affaire, sans l'exonérer pour autant de sa responsabilité?
  • Rassemblant des économies assez disparates, l'eurozone ne dispose pas de la boîte à outils d'une puissance monétaire souveraine.
  • Les économies européennes doivent se transformer en profondeur

 

La crise grecque révèle les faiblesses structurelles et institutionnelles de l'Eurozone.

La solution qui lui sera apportée nous concerne donc au premier chef. La Grèce, il est vrai, a multiplié les errements : économie au noir massive, abus des cartes de crédit, évasion fiscale généralisée conduisant à des déficits budgétaires structurels et à une dette publique énorme.

Son crédit d'Etat souverain est aujourd'hui remis en question par les marchés financiers. Ceux-ci, gorgés des liquidités déversées depuis deux ans par la BCE et la FED, sont à la recherche de meilleures rémunérations. Un moyen de faire hausser -jusqu'à plus de 3% au-dessus des taux allemands- les primes de risque sur la dette publique d'un pays imprudent, réduit à recourir massivement à l'emprunt, est d'éveiller un doute sur sa solvabilité, pourtant une hypothèse d'école.

La crise grecque est donc le produit d'une mauvaise gestion et d'un traquenard de la finance globale.

L'UE peut-elle sortir la Grèce d'affaire, sans l'exonérer pour autant de sa responsabilité, en contrecarrant la manœuvre des marchés.Si la Grèce avait conservé la drachme, elle ferait appel au FMI qui en contrepartie de son assistance financière, lui imposerait un plan de redressement sévère comportant la dépréciation de sa monnaie.

Mais voilà, la Grèce fait partie de l'Eurozone, ce qui comporte des avantages et des contraintes et la met face à un paradoxe. L'euro diminue les coûts de transaction et le risque de change pour les entreprises et les personnes; en outre, il a contenu l'inflation. Mais l'euro a aussi eu des effets pervers. En mettant la monnaie à l'abri d'une dépréciation, il a donné lieu à un double aléa moral : l'Etat s'est endetté impunément et la perte de compétitivité a été camouflée.Les marchés financiers dévoilent aujourd'hui les turpitudes grecques autorisées par l'euro, et facilitées par le défaut de surveillance rigoureuse de la Commission sur la qualité des statistiques financières helléniques.

L'Eurozone, quant à elle, révèle son impuissance à voler à la rescousse d'un Etat fautif certes, mais dont la défaillance met l'euro à mal et pourrait, par un effet de dominos, compromettre son intégrité. Le Traité de Lisbonne lui interdit en effet d'agir, précisément pour ne pas faire supporter par les autres Membres de la zone euro les conséquences de la mauvaise gestion d'un Etat. L'Union économique et monétaire dévoile ainsi ses limites originelles.

Rassemblant des économies assez disparates, plus interdépendantes qu'intégrées, l'Eurozone ne dispose pas de la boîte à outils d'une puissance monétaire souveraine : budget fédéral ou à tout le moins Fonds Monétaire Européen, policy-mix complet, articulation entre politique macroéconomique et marché de l'emploi, fiscalité unifiée. Pourtant ses membres confrontés à des chocs économiques asymétriques, mais soumis au même taux d'intérêt et au même taux de change, ont besoin d'une forte solidarité pour sauvegarder l'unité de la zone. Cette solidarité doit avoir pour contrepartie une forte discipline de manière à prévenir tout aléa moral.

Pour assurer solidarité et discipline au-dedans et expression commune au-dehors notamment face à la dépréciation du dollar et du remninimbi, l'Eurozone doit donc se transformer. Conçue et gréée exclusivement pour le beau temps, mais désormais entrée dans la zone des quarantièmes rugissants, l'Eurozone devra se réformer pour ne pas se disloquer sous la double pression de la crise et de la spéculation financière.

Fort heureusement le 11 février, le Conseil européen sous la Présidence d'Herman Van Rompuy, venant à bout des réticences allemandes, a donné le feu vert à l'Ecofin pour finaliser un paquet financier ad hoc pour le 16 mars. Celui-ci consistera sans doute en prêts bilatéraux et/ou en garanties offertes par les Etats-membres de l'Eurozone individuellement, mais coordonnés par l'Eurogroupe.

Le choix de passer outre le prescrit formel du Traité crée un précédent. Car d'autres cas se présenteront, n'en doutons pas : tantôt il s'agira d'autres Etats endettés, tantôt d'Etats confrontés à un chômage structurel d'une telle ampleur que la déflation salariale requise pour rétablir leur compétitivité s'avérera socialement intolérable et politiquement explosive. Sans sursaut politique, l'unité de l'Eurozone est à la merci de la crise.

Les stratégies de sortie de crise visant à retrouver la maîtrise de l'endettement public en vue du financement des retraites, et à placer nos économies sur des trajectoires énergétiques et environnementales soutenables, sans imposer des sacrifices sociaux injustes et trop lourds, vont nécessiter des transformations profondes des économies européennes : assainir réellement nos banques pour les mettre en mesure de prêter à nouveau aux entreprises , notamment aux PME, à des taux plus raisonnables ; instaurer un système de régulation et de supervision financières qui en finissent avec la balkanisation du marché des services financiers ; réallouer les ressources en capital et en hommes de la finance hypertrophiée vers l'innovation technologique, dorénavant principale source des gains de productivité et partant de compétitivité ; alléger la fiscalité du travail pour augmenter l'emploi ; harmoniser l'impôt des sociétés pour en finir avec l'écart de taxation effective entre très grandes entreprises et PME, entre capital et travail ; veiller à un retour à la mesure dans les écarts de rémunérations pour soutenir la demande ; promouvoir le financement européen de l'effort de recherche-développement notamment dans les domaines des énergies nouvelles, de l'espace et de la défense.

Nous n'en sommes aujourd'hui qu'à mi-chemin de la véritable Eurozone dont l'Europe a besoin : la percée de la politique monétaire unique a été un succès ; mais il reste, dans un contexte difficile, à consolider la construction laissée par le Traité de Maastricht. Un grand chantier d'achèvement n'est toutefois pas concevable aujourd'hui, car l'élan politique fait défaut. Nous sommes donc astreints à suivre pas à pas une démarche intergouvernementale fortement contrainte par l'unanimité à 27.

Un fil rouge est d'autant plus nécessaire et des impulsions exploitant tous les accidents du terrain sont indispensables. C'est le rôle de la Commission européenne d'alimenter le processus. Mais c'est celui du Président permanent et des Présidences tournantes de lui donner la légitimité nécessaire pour oser des initiatives ambitieuses.

Les Commissions d'avis européen de la Chambre et du Sénat supporteront les efforts du gouvernement dans l'ambition d'une Présidence européenne imaginative et audacieuse, à la mesure des redoutables défis du moment. Le besoin est évident, l'occasion est là, la Belgique doit oser. C'est à l'aune de l'Histoire que seront jugées la dernière Présidence belge avant 2025 et la première Présidence permanente du Conseil européen, dévolue à un Belge.

Vanessa Matz
Sénatrice
Présidente de la Commission d'avis européen du Sénat.

Article-LLB-du-03.03.2010-crise-en-grece.pdf

 

16/09/2020

Commission justice, auditions des Procureurs Généraux

16/09/2020

Question orale au Ministre de la justice concernant la charge de travail liée aux infractions COVID

14/09/2020

Ne pas dire non, ne veut pas dire oui!

04/09/2020

Fraude à la TVA sur les ventes d’Amazon, Alibaba et autres places de marché : les plates-formes de commerce électronique doivent être tenues solidairement au paiement de la TVA

28/08/2020

Ce 28 août, j'étais l'invitée de Martin Buxant sur LN24